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Pacific Overtures – Le pays du soleil levant sous les néons de Broadway

Le mardi 1 juillet 2003 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Grandes oeuvres

L'affiche de Tokyo ©DR

L

Musical de Stephen Sondheim (lyrics et musique), livret de John Weidman.

Création
A New-York (USA) le 11 Janvier 1976 au Winter Garden Theatre (193 représentations) dans une mise en scène de Harold Prince.

Principales chansons
The Advantages of Floating in the Middle of the Sea, There Is No Other Way, Four Black Dragons, Chrysanthemum Tea, Poems, Welcome To Kanagawa, Someone In A Tree, Please Hello, A Bowler Hat, Pretty Lady, Next.

Synopsis
Année 1853, le Japon vit replié sur lui-même depuis près de 250 ans. Un événement lourd de conséquence survient : quatre bateaux américains sont amarrés au large et le Commodore Perry veut rencontrer des officiels japonais pour leur remettre un message du Président Américain. Les obscurs Kayama et Manjiro sont chargés de les éloigner par n’importe quels moyens. Hélas, les manoeuvres les plus élaborées mais finalement bien naïves devant la détermination adverse échouent. La pénétration de l’Occident démarre non sans quelques accrochages. Les uns, tels Kayama, sont pour, les autres, comme Manjiro, sont contre. Un fossé se creuse. Après quelques troubles, l’Empereur du Japon invite officiellement son peuple à évoluer au nom du progrès. Le final « Next » montre un Japon conquérant qui a parfaitement assimilé la modernité.

Le thème
Pacific Overtures évoque le choc des civilisations. A l’époque de sa création (1976), le Japon était encore peu connu du monde occidental. Cependant, sa montée en puissance économique le désignait comme une menace. A travers l’évocation du coup de force des Etats-Unis sur le Japon, les créateurs de Pacific Overtures ramènent les faits actuels dans leur contexte historique. L’impact est renforcé par le parti pris de faire raconter ces événements par des japonais et d’utiliser massivement les éléments de la culture japonaise comme le Kabuki, le théâtre Nô, les costumes et les attitudes. Cela ressemble à une audacieuse leçon d’Histoire, c’est en tout cas ambitieux et lumineux. Et aujourd’hui plus encore qu’à la création, ce spectacle constitue une habile introduction à l’Histoire récente de ce pays.

L’histoire derrière l’histoire
Lorsque le producteur et metteur en scène Harold Prince propose à Stephen Sondheim un texte écrit par un jeune étudiant de Yale, John Weidman, le duo a déjà derrière lui Company (1970), Follies (1971) et A Little Night Music (1973). Les deux premiers spectacles cités étaient profondemment américains. Puis A Little Night Music évoquait des chassés croisés amoureux européens façon 19e siècle aristocratique. Le changement de cap est radical avec Pacific Overtures. Le public de Broadway n’a pas l’habitude de spectacles historico-politiques, alors que dire lorsque tous les interprètes sont tous asiatiques, habillés en costumes japonais traditionnels, et racontent des événements du point de vue japonais ? Les défis sont faits pour être relevés, et celui-ci l’a été par le maître d’oeuvre Harold Prince avec une indéniable hauteur de vue. Le résultat ne laisse pas indifférent : on aime ou on déteste.

Pour assurer la crédibilité et ne pas tomber dans la pacotille, le metteur en scène a recréé une expression japonaise, basée sur les traditions du théâtre japonais (Kabuki, Nô, costumes, maquillages, décors). Du côté de la partition, Stephen Sondheim rappelle qu’il a une formation de musique savante. Il a transposé la syntaxe musicale et poétique japonaise dans ses chansons en anglais. Tout a été fait pour assurer la crédibité du spectacle sans égarer l’auditoire, ni succomber à la « japoniaiserie ». La réponse du public a été mitigé pour ce spectacle hors norme. Il a néanmoins reçu deux distinctions aux Tony Awards (costumes et décors), laissant cependant les plus importantes à l’irrésistible et brillant A Chorus Line.

Pacific Overtures contient la chanson connue comme la préférée du compositeur « Someone in the Tree ». A la manière du film Rashômon de Akira Kurosawa, plusieurs personnages décrivent différemment le même événement vécu, en l’occurrence la première rencontre des représentants américains et japonais sur le sol japonais. Le musical est entré dans le répertoire de l’Opéra à travers des réprésentations de l’English National Opera à Londres en 1987. Enfin il a été représenté à Tokyo en 2000.

La chorégraphe de Pacific Overtures Patricia Birch dirigera les séquences de danse du film Grease (1978) avec John Travolta. Elle réalisera ensuite un Grease 2 (1982) à oublier.

Dans l’impressionnante carrière de Sondheim jusqu’ici, Pacific Overtures tient doublement une place centrale. Il est à la charnière de sa collaboration avec Harold Prince qui se poursuivra encore pour deux autres musicals (Sweeney Todd, Merrily We Roll Along). Et rétrospectivement, il se dresse au milieu de son flux créatif. Même si cette incursion nippone reste fraîchement appréciée, même auprès des inconditionnels de Sondheim, elle symbolise l’audace et l’exigence sans borne de sa démarche créatrice pour le plus grand bonheur du plus exigeant des publics.

Versions de référence
L’enregistrement de la version de la distribution originale de Broadway est bien sûr incontournable, même si la distribution est loin d’être irréprochable. Il n’y a pas de grande voix de Broadway puisque tous les acteurs sont asiatiques. En complément, on pourra s’intéresser à l’enregistrement de l’English National Opera publié en 1988. La version en double CD comporte l’intégralité des textes parlés et chantés.

Pacific Overtures – Original Broadway Cast Recording (1976). Référence RCA RCD1-4407

Pacific Overtures ? The English National Opera (1988). Référence TER CDTER 2 1152

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